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3 questions à Catherine Jacquot - Présidente du Conseil National de l’Ordre des Architectes

Le dicton dit "Quand le bâtiment va, tout va" Alors comment va le bâtiment ?

La situation de l’architecture et plus généralement de la construction dans notre pays, est préoccupante et affecte l’ensemble de la filière de l’acte de bâtir, de la conception à la réalisation physique des bâtiments sur les chantiers. Elle fragilise les tissus professionnels et le savoir faire de l’architecture, de la maîtrise d’œuvre et des entreprises.

La crise économique obère également la cohésion de la société dans son ensemble. L’emploi mais aussi l’éducation ou la culture sont aussi atteint par la mauvaise qualité des logements ou leur manque.

Alors que plusieurs millions de mal-logés dans notre pays rend impérieuse la nécessité de construire 500 000 nouveaux logements par an selon l'objectif du gouvernement, le niveau actuel de mise en chantier est tout à fait insuffisant.

C’est un paradoxe inacceptable.

 

2013 est l’année la plus faible en nombre de construction de logement, comment relever la tête ?

La crise du logement touche essentiellement les régions très urbanisées même si les autres territoires ne sont pas pour autant épargnés. C'est bien souvent à un urbanisme de zone et d’étalement et à un aménagement qui défigure bien des paysages et consomment les terres naturelles auquel on assiste.

Pour relever la tête et répondre aux besoins et désirs légitimes des français, il faut construire plus sans tarder, mais la réponse ne peut être seulement quantitative. Nous ne devons pas commettre une nouvelle fois les erreurs du passé. La conscience de l’urgence ne doit en aucun cas conduire à la construction de logements inadaptés aux besoins, loin des zones d’emploi ou dépourvus de transports.

Nous devons sans cesse, collectivement, nous interroger sur quels logements construire ? pour qui et aussi où les construire ?

S’il est aujourd’hui nécessaire de répondre à la fois à un manque de logements et à l’urgence de l’habitat indigne, cela ne doit pas nous conduire à construire des logements d’urgence ou à sacrifier la qualité en programmant le mal logement de demain. Ce n’est qu’en construisant mieux et au bon endroit que nous pourrons résoudre durablement le problème et répondre aux questions que posent l’urbanisme.

Le logement est un enjeu social et économique prioritaire qui fait l’objet d’une très forte attente.

Des réflexions et des projets de lois sont en cours sur ces sujets, les architectes avec d’autres sont présents dans les débats et apportent leur savoir faire et leur expertise pour un habitat économe, respectueux de l’environnement, inséré dans la ville et générateur de lien social.

L’Etat dans ce domaine doit être à la fois le garant de l’intérêt général et le pilote d’une politique volontariste efficace et pertinente. Pour atteindre cet objectif ambitieux la politique du logement doit être territorialisée Il ne saurait y avoir de solutions génériques qui se plaqueraient à priori à tous les contextes urbains à tous les territoires.

Le logement et en particulier le logement social a été dans un passé pas si lointain en France, un formidable sujet de réflexion soumis aux architectes et soutenu pas l’Etat.
Pour construire plus et mieux, pour que le droit au logement pour tous passe dans les faits, il est nécessaire de renouer avec l’innovation et de permettre l’expérimentation à tous les niveaux de la conception et de la fabrication du logement. Il est par ailleurs indispensable de maîtriser les coûts par une démarche de prise en compte du coût global, innovation et évolutivité doivent guider les propositions à faire en matière de logement.

Pour cela il faut :

  • Clarifier et territorialiser la gouvernance de la politique du logement et son financement, en adaptant ceux ci aux particularités des villes et des territoires et en favorisant les formes nouvelles de promotion du logement comme par exemple celle de l’habitat participatif.

  • Favoriser concertation et négociation, en instaurant une procédure de dialogue avec tous les acteurs de la conception et de la fabrication du logement. Des instances intercommunales de concertation pourraient être créées, chargées de valider les projets urbains globaux ainsi. Des pôles de compétences pourraient être chargés d’accompagner les élus et les citoyens dans leur réflexion sur l’aménagement du territoire, la programmation ou la construction, en favorisant une réglementation d’objectifs négociés et contractuelles.

  • Maîtriser les coûts en favorisant le portage à long terme de réserves foncières au bon niveau territorial, et d’autre part en résonnant en coût global comprenant à la fois le coût du foncier, celui de la construction, les charges de fonctionnement et d’entretien, le coût de l’énergie, le coût des équipements nécessaires, les coût de transports pour les habitants.

  • Prévoir l’évolutivité du projet urbain et du logement, en limitant le caractère contraignant des règlements des lotissements, en permettant l’émergence de PLU intercommunaux, en faisant évoluer la propriété foncière, en prenant réellement en compte les modes de vies et leurs évolutions, en engageant la réhabilitation énergétique des logements sous la forme d’un véritable projet social et architectural au service des habitants.

  • Innover en créant avec les architectes, la maîtrise d’œuvre, les acteurs publics et les fédérations des entreprises du bâtiment, une filière expérimentale de constructions innovantes.
     

Pourquoi accepter vous de participer aux rencontres Niemeyer ?

Je tiens à vous remercier pour votre invitation et saluer la démarche que vous entamez à travers les « Rencontres Niemeyer » sur les territoires, la ville et le logement.

Porter la conviction que l’architecture est d’intérêt public et participer au débat sur les enjeux que portent l’architecture et l’urbanisme est important pour les architectes mais c’est au public et aux élus que nous souhaitons nous adresser.

L’architecture ne doit pas une variable d’ajustement des politiques publiques et ne saurait être un outil de marketing d’intérêts privés. L’intérêt public de l’architecture ne doit pas être altéré au nom de la réduction des délais ou des coûts.

L’architecture se doit être garante de la qualité de la qualité de vie des habitants car il s’agit que chacun puisse habiter et que nous puisions tous cohabiter. Ce n’est pas seulement l’affaire des architectes mais bien l’affaire de tous.

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Catherine Jacquot

Présidente du Conseil National de l’Ordre des Architectes - 13 janvier 2014

 

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