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Discours d'ouverture des Rencontres Niemeyer par Isabelle Lorand

Mesdames, Messieurs,

Chers amis, chers camarades,

Nous inaugurons les Rencontres Niemeyer à une semaine du 60e anniversaire de l’appel de l’abbé Pierre. Comme la courbe du chômage, celle du mal logement peine, et c’est un euphémisme, à s’inverser. Paradoxe saisissant, côté pile : les logements manquent. Côté face : les carnets de commandes de ceux qui les construisent sont vides annonçant une épidémie de fermeture de PME. Jetant ainsi des milliers de personne au chômage qui de ce fait rejoignent le cortège de ceux si nombreux qui peinent à payer leur loyer. Le taux d’effort pour payer le loyer est si lourd qu’il s’apparente aux sacrifices. Chaque année, 100 000 français quittent les centres-ville, chassés par le coût de l’immobilier pour acheter à la périphérie des villes. Là, ni transports en commun, ni théâtre, ni piscine, ni commerces. Un temps de déplacement considérable. L’essence, si chère, qu’il faut choisir entre la voiture et le chauffage de la maison. Ainsi, la ville à la mode libérale exclut ceux-là même qui la font.

Triste constat contrastant avec le potentiel de partage de la ville. Culture, transport, école, santé, énergie, voirie… la mise en commun offre quantité d’opportunités et de services. Pourtant, près de cinquante ans après le texte d’Henri Lefebvre, le Droit à la ville reste une utopie. Le verdict est sans appel : la ville est au cœur de la fabrique des inégalités et de la normalisation mondiale au service de la finance. De nombreuses œuvres, des films comme des romans d’anticipation, pointent la ville comme pièce maitresse susceptible de faire basculer le monde vers le chaos. Ou, au contraire, comme levier majeur d’émancipation. D’autant plus fortement que l’humanité vit une rupture anthropologique : elle est aujourd’hui plus urbaine que rurale.

Le territoire – nation, agglomération, commune – est traditionnellement identifié par son histoire, sa culture, la conscience d’une destinée commune. La fabrique néolibérale le réduit à un relai voué à répondre au cahier des charges économique et financier du marché de la connaissance. Les pôles de compétitivité, les clusters ou autres technopôles en sont la caricature. Dans notre tradition, le double objectif de l’aménagement du territoire était de réduire les inégalités et favoriser le développement économique. Il est maintenant le prétexte à la mise en concurrence des territoires, à l’éclatement des services publics, à l’attaque contre les collectivités territoriales. Même le patrimoine immatériel, du patrimoine culturel aux fêtes régionales, est devenu vitrine pour vendre le territoire.

Partout jaillissent des territoires subventionnés conçus sur la spécialisation et la compétitivité. Ainsi, dans les métropoles, des pôles ultra-riches côtoient des territoires littéralement abandonnés. Entre les métropoles, c’est la fuite en avant du toujours plus fort, quitte à développer des infrastructures inopportunes aux coûts exorbitants et qui renforcent les déséquilibres. Dans cette course folle, les petites villes et la ruralité font figure de dégâts collatéraux. Elles entraînent dans leur chute des savoir-faire, de l’artisanat, des sites industriels. Le maillage ferroviaire est particulièrement emblématique de cette exclusion territoriale. Le tout TGV et l’abandon des petites lignes jugées non rentables, conduit à reconfigurer le maillage par la connexion entre grandes villes.

Dans ce contexte, voilà les collectivités territoriales sommées de permettre aux territoires d’être performants et attractifs pour les firmes. Piliers du vivre ensemble, les maires répugnent à muter en VRP. Alors le pouvoir a la solution « puisque les institutions résistent à s’adapter aux exigences du marché, alors il faut changer les institutions » pour paraphraser Bertold Brecht. Ni décentralisation, ni même recentralisation puisque la loi affaiblit la responsabilité de l’État, l’acte 3 qui vient d’être voté dans son premier volet est la transposition de la gestion entrepreneuriale aux territoires. C’est dire combien nous regrettons la décision du Conseil constitutionnel concernant la MAPAM, dite loi Lebranchu.

Mais si nous sommes réunis aujourd’hui, c’est aussi pour trouver des issues à cette situation périlleuse à bien des égards. Le PCF ambitionne d’écrire – en dialogue avec la société – un projet pour la ville et l’égalité des territoires. Rompre avec la soumission aux oukases de la compétitivité et de l’attractivité pour ouvrir le paradigme d’immeubles, de quartiers, de rues, de villages, de villes et de métropoles où il fait bon vivre. De la ville accueillante, du droit à la ville pour les urbains comme pour les ruraux, de la coopération. Tel est le fil conducteur qui préside à l’écriture du dessein communiste.

Fort de notre histoire, fort de l’expérience des milliers d’élu-e-s communistes et Front de gauche, nous avons des convictions et un parti pris. Mais nous savons aussi que notre projet doit être en permanence remis sur le métier parce que la société est en mouvement, parce que nous sommes également convaincus que l’échange, la confrontation et même la dispute doivent être réhabilités dans le débat public. Cela pour une raison simple. L’opposition à la politique actuelle ne suffit pas. Il est l’heure de revisiter notre corpus idéologique, symbolique, et politique. Les recettes du siècle passé ne font plus le compte. Nous ouvrons donc aujourd’hui un cycle de trois ans rythmé par nos rencontres annuelles. Vous avez à votre disposition dans le fascicule qui vous a été remis, les objectifs de chacun des débats de cette année. Si certains ne souhaitent pas intervenir publiquement, une feuille blanche vous permettra de poser votre question par l’intermédiaire de l’un des animateurs de notre pôle territoire. A l’issue des rencontres, des textes seront soumis au débat public sur le site du PCF, jusqu’à la fin juin 2014. Des débats décentralisés, appuyés sur un film des rencontres, auront lieu aux plus près des habitants, avec un accent en direction des quartiers populaires, pour finalement aboutir à une première publication lors de la fête de l’Humanité 2014. En renouvellant la même démarche jusqu’en 2017, cinquantenaire du livre pour le Droit à la ville.

Vous comprendrez que je ne puisse finir ce discours inaugural sans évoquer l’immense plaisir, de travailler dans ce formidable bâtiment d’Oscar Niemeyer. Dans un essai dédié au siège, Vanessa Grossman, Doctorante en histoire de l’architecture à Princeton sous la direction de Jean-Louis Cohen, nous rappelle que ce bâtiment n’est pas seulement un chef d’œuvre d’architecture. Il est aussi un projet politique. Ce bâtiment est l’expression de ce qui fut une évolution majeure du PCF. Rompant avec le réalisme socialiste, le PCF a pris le parti de la liberté de création à la fin des années 1960. Prenant par la même ses distances avec l’URSS et ouvrant la voie de l’eurocommunisme puis du programme commun. Situé dans le Paris populaire et d’une architecture radicalement moderne, Oscar Niemeyer a su créer l’espoir aux confins des racines et du contemporain. Et c’est à ce niveau que nous souhaitons relever le défi avec vous. La qualité exceptionnelle des intervenants donnera, j’en suis sûre, sa pleine mesure à cette édition inaugurale des Rencontres Niemeyer.

Enfin, je voudrais par avance remercier tous les bénévoles et les salariés du siège qui se sont mis au service de la réussite de cette journée. Des cuisiniers, de l’accueil au service de table ou au contact presse, l’enthousiasme généreux a été au rendez-vous.

Bref tous les ingrédients sont réunis. Je dois à l’honnêteté d’avouer, que la disponibilité des grands noms de l’architecture et de l’urbanisme, des chercheurs et des intellectuels, comme celle des journalistes qui animent les débats, qui tous et toutes ont sans hésité donné gracieusement de leur temps bien que n’étant pas le plus souvent communistes va au-delà de nos espérances. C’est pour moi un formidable contrepied à la chape de la fatalité morose qui nous est trop souvent proposée. Décidément, la France a un extraordinaire potentiel de créativité et de dynamisme et un immense besoin de débats et d’espoir partagés.

Alors bons débats et très belle journée à tous et toutes.

 

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